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Séduire avant tout

Les pièges des plantes carnivores, si efficaces soient-ils, ne servent à rien si aucune proie ne s’y aventure. La première étape avant de faire bombance consiste donc à attirer les victimes potentielles vers ces ingénieux traquenards. Pour appâter leurs futurs repas, les plantes carnivores utilisent divers stratagèmes.

Optiques tout d’abord : les pièges sont souvent parés de couleurs chatoyantes destinées à séduire les insectes. Parmi les pigments utilisés, certains (naphtochinons, flavonoïdes ou anthocyanines) font paraître les pièges jaunes, rouge ou violets à l’œil humain. Ce qui pourrait laisser penser que ces organes sont les fleurs des plantes carnivores (c’est d’ailleurs ainsi que de nombreux insectes succombent !). Or il n’en est rien : les pièges sont en réalité des feuilles spécialisées. Les plantes carnivores possèdent bien des fleurs, mais celles-ci sont situées le plus loin possible des pièges. En effet, il faut à tout prix éviter que les insectes pollinisateurs, intermédiaires indispensables à leur reproduction, ne soient dévorés ! Ce qui n’empêche pas certaines plantes carnivores de garnir les abords de leurs pièges avec du nectar, afin d’appâter d’autres insectes.

Parfaitement adaptés à la vision des insectes, les pièges des plantes carnivores exhibent certaines couleurs situées dans l’ultra-violet. Invisibles pour l’homme, celles-ci sont au contraire très bien vues par de nombreux hyménoptères. Mais parfois se faire belle ne suffit pas. Les plantes carnivores complètent donc leur parure par quelques nuances parfumées. En effet, de nombreux insectes ont un sens de l’odorat très développé. Ces stimuli olfactifs sont destinés à déclencher les comportements instinctifs des insectes attirés par les couleurs des pièges. Ils ont également l’avantage d’être perçus sur de plus longues distances que les signaux visuels. Le signal chimique le plus courant est constitué de nectar. Ainsi, le bord de l’urne de Népenthes est-il garni de gouttelettes à l’odeur sucrée. Celles-ci sont plus nombreuses au bord du piège qu’ailleurs. L’endroit le plus dangereux est donc celui qui exerce la plus forte attraction !

Outre les signaux visuels ou chimiques, il existe d’autres moyens d’attirer des proies. L’utriculaire, par exemple, qui vit dans l’eau et dont la forme des branches et des feuilles rappelle les réseaux d’algues, sert d’abris à de nombreux organismes microscopiques tels qu’algues et bactéries. Ces dernières attirent de petits crustacés dont elles constituent la nourriture. Des petits crustacés qui eux-mêmes constituent la nourriture de l’utriculaire !

Enfin, certains signaux attracteurs consistent en… une absence de signal. En effet, certaines plantes carnivores, loin d’attirer l’attention, se fondent dans leur entourage, l’imitant à la perfection. Inconscients du danger, les proies se précipitent dans les pièges ainsi camouflés, incapables de les détecter.