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Les stars d’hier de la Ménagerie © MNHN - Bibliothèque centrale
Les stars d’hier de la Ménagerie © MNHN - Bibliothèque centrale

Stars d'hier et d'aujourd'hui à la ménagerie

Parmi tous les animaux qui ont séjourné à la Ménagerie, certains sont devenus très populaires en raison de leur exotisme, leur rareté, leur longévité ou parfois leur caractère surprenant. À travers les parcours de ces pensionnaires célèbres et atypiques, vous découvrirez notamment le chimpanzé Jocko, un des plus anciens pensionnaires du Muséum ; Zarafa, la première girafe vue en France, offerte à Charles X par le vice-roi d’Egypte en 1826 ; Martin, l’ours brun, connu dans les années 1820 pour son sale caractère et ses facéties ; Kiki la tortue de 250 kg plus que centenaire ; ou encore notre vedette actuelle Nénette, femelle orang-outan et pensionnaire au Muséum depuis 1972.

Woira le lion et le chien braque

Woira le lion et son compagnon Braque ont grandi ensemble dans la ferme de Pelletan, alors directeur de la Compagnie d'Afrique au Sénégal. Confiés en 1794 à la Ménagerie, ils sont restés inséparables jusqu'à leur mort.

Woira est encore lionceau quand il est capturé au Sénégal pour être offert à Pelletan en 1787. Le directeur de la compagnie d’Afrique possède un grand domaine où vivent en liberté chevaux, moutons, chats, singes, autruches, poules, oies, perruches, sous la surveillance de quelques chiens. Dans cette communauté animale, Woira est adopté par une femelle Braque qui vient d'avoir des petits. Woira commence à jouer avec un des jeunes chiots. Les deux compères deviennent vite inséparables et grandissent ensemble.
Un jour, Woira, qui court librement dans la maison, bouscule un enfant sur son passage. Cet incident décide Pelletan à confier le lion et le chien à la Ménagerie du Roi, via la Compagnie des Indes. Les deux compagnons débarquent au Havre l'année suivante, et rejoignent Versailles à pattes, conduits par une simple laisse. Arrivés au château, une cage exiguë les attend. Woira qui n'apprécie pas la captivité, commence à montrer des signes d'agressivité qui n'épargnent que son soigneur et son compagnon d'infortune. Les deux inséparables rejoignent la Ménagerie du Muséum en 1794. C'est là qu'un visiteur immortalise leur complicité : « le lion prodiguait au chien les plus tendres caresses et celui-ci les recevait et les rendait sans crainte et sans défiance ; sa gaîté naturelle, son air franc tempérait l’humeur grave et sérieuse du roi des animaux ».
Cet attachement durera jusqu’à la mort du chien, qu'on nourrissait de pain dur par économie. On essaya de donner un nouveau compagnon à Woira, mais il estourbit le pauvre animal. Le vieux lion meurt en 1796, épuisé lui aussi par le rationnement imposé à la Ménagerie en ces temps difficiles.

Woira le lion et son chien, 1794-1796 © MNHN - Bibliothèque centrale
Woira le lion et son chien, 1794-1796 © MNHN - Bibliothèque centrale

Le couagga de Bonne Espérance

Aujourd’hui disparue, cette espèce qui s’est éteinte au XIXe siècle pourrait espérer revivre un jour grâce au travail de chercheurs du Muséum du Cap, en Afrique du Sud, qui tentent de la reconstituer.

Le premier couagga arrive à la Ménagerie de Versailles en 1784. Il vient du Cap de Bonne Espérance, en Afrique du Sud. À l'époque on le décrit comme une « espèce de petit cheval zébré ».

Après la Révolution, le couagga fait partie des dix animaux qu'on envoie au Jardin des Plantes avec le lion Woira, son compagnon le chien braque, une antilope bubale et six paons. Ce transfert a lieu en 1794, suite à l'intervention de l'intendant du Jardin du Roi Bernardin de Saint-Pierre qui demande à la Convention de « joindre une Ménagerie au Jardin national des plantes de Paris ». Le couagga vivra jusqu’en 1798. On sait aujourd'hui qu'il faisait partie d'une sous-espèce de zèbres décimée au XIXe siècle par les Boers, un peuple de colons qui estimaient que les couaggas faisaient concurrence à leurs troupeaux. L'espèce des couagga (equus quagga quagga) est totalement éteinte depuis la fin du XIXe siècle. Il n'en existe que 23 spécimens naturalisés dans le monde. Vous pouvez venir voir celui-ci dans la salle des espèces disparues de la Grande Galerie de l’Évolution du Muséum.

Depuis 10 ans, une tentative de reconstitution de l'espèce est en cours sous l’égide du Muséum du Cap. Une dizaine de zèbres de Burchell, présentant une couleur brune et peu de rayures sur la croupe, ont été sélectionnés dans la nature à des fins de reproduction. Nous en sommes à la 4e génération, le phénotype obtenu ressemble à un couagga, mais d’après les scientifiques, il faudra encore attendre quelques générations supplémentaires pour espérer reconstituer cette espèce.

Zèbre Couagga (<em>Equus quagga quagga</em>), Vélin de N. Maréchal (1793) © MNHN - Dir. des bibliothèques et de la documentation
Zèbre Couagga (<em>Equus quagga quagga</em>), Galerie des animaux disparus © MNHN - C. Lemzaouda

Hanz et Parkies, les éléphants mélomanes

Ce couple d'éléphants, arrivé de Hollande par la voie des eaux, a fait les belles heures de la Ménagerie en 1798. Soucieux de distraire leur mélancolie, on organisa pour eux un grand concert où le public vit les deux géants balancer leurs trompes sur des airs de « ça ira ».

En janvier 1795, les armées de la Convention entrent en Hollande et renversent le régime de Guillaume V d'Orange. Après l'inventaire de la Ménagerie du Stathouder, deux éléphants d’Inde, le mâle Hanz et la femelle Parkies, sont choisis pour venir enrichir la Ménagerie du Muséum.

L'entreprise est colossale et prendra trois ans de préparation. Bernard Louzardy, ancien forain devenu soigneur au Jardin des Plantes et Lasseigne, un menuisier de l’Arsenal, sont envoyés sur place pour fabriquer les cages et le chariot nécessaires au transport des deux éléphants. Le convoi prend la route en 1797. Après plusieurs mois de navigation le long de l’Yssel, puis des canaux qui relient Rotterdam à Cambrai, Hanz et Parkies débarquent au port des Invalides en mars 1798.

Leur arrivée fit sensation et un grand concert fut donné par l’orchestre du Conservatoire pour chasser leur « mélancolie ». Dans le livre qu'il consacre au couple d'éléphants en 1803, le naturaliste Jean-Pierre-Louis-Laurent Houel note que la musique produit une vive impression sur Parkies qui commence à échanger des caresses et des invitations sexuelles avec son partenaire. Une attitude qui étonne le scientifique, habitué semble-t-il à des moeurs plus chastes : « L'Eléphant, dans l'état de domesticité, se refuse aux jouissances de l'amour », nous assure Houel, « bien qu'il en ressente les plus vives atteintes ». S'ensuit un passage plein de pudeur sur la discrétion naturelle de l'éléphant qui, « Dans l'état de liberté, (...) se dérobe aux regards même de ses semblables, puis avec la compagne dont il a fait choix, cherche les solitudes les plus profondes, et ne cède à ses propres désirs et au vœu de la nature, que lorsqu'il s'est entouré de l'ombre et du silence des bois ». Lorsqu’ils arrivent au Jardin des Plantes, le public se presse pour venir observer les deux géants. De petits commerces de bouche commencent à s’épanouir, si bien que le Ministre de l’Intérieur invite le Muséum à prendre des mesures pour empêcher les visiteurs de leur donner de la nourriture. Nous ne saurons jamais s’il succomba à trop de gâteries, mais Hanz le mâle meurt quatre ans plus tard, en 1802. Dans Le Petit journal de Paris, on rapporte une scène touchante où Parkies, après avoir essayé de relever son compagnon, se mit à verser d'abondantes larmes, en poussant des petits cris que le journaliste compare à des lamentations. La belle Parkies vivra jusqu’en 1816. Elle est la première locataire de la Rotonde, bâtiment en forme de croix de la Légion d’honneur, qui abrita des éléphants jusqu’en 1976.

À gauche, la girafe Zarafa et à droite Hanz et Parkies, le couple d’éléphants mélomanes © MNHN - Direction des bibliothèques et de la documentation
Hanz et Parkies, le couple d’éléphants mélomanes © MNHN - Direction des bibliothèques et de la documentation
« Le petit éléphant », lithographie de Engelmann, 1821 © MNHN - Direction des bibliothèques et de la documentation

Constantine et ses lionceaux

La relation qui unissait la lionne Constantine à Félix Cassal, le conservateur des animaux féroces du Jardin des Plantes, est légendaire. C'est avec la plus grande confiance qu'elle lui présenta ses trois petits lionceaux, une nuit de novembre de l'an 1800…

Constantine et son compagnon Marc sont un couple de lions ramené par Félix Cassal de Tunis en 1798. La relation qui unit le soigneur aux deux fauves fait l'objet de nombreux récits. On raconte qu'il leur rendait visite chaque jour et passait de longues heures à jouer avec eux dans leur cage. Lorsqu’il était absent, les lions semblaient tristes et refusaient leur nourriture. Mais dès que Félix Cassal était de retour, les deux lions sortaient de leur torpeur, rugissaient de contentement et chahutaient pour obtenir ses caresses.

Une nuit de novembre 1800, le 18 brumaire de l'an IX, Constantine mis au monde trois petits lionceaux : Marengo, Fleurus et Jemmapes, qu'on nomma d'après les généraux de l'armée napoléonienne. La naissance des triplés fit la Une des gazettes et inspira de touchants tableaux. Dans son livre Phénomène d'histoire naturelle, l'homme de lettres E.J.B. Vigniers décrit leur fourrure et leur démarche nonchalante : « Les mâles n'ont point de crinière, ils ont les yeux ouverts et marchent en se traînant, en quoi ils différent des autres carnassiers qui sont quelque temps aveugles ». Il compare aussi leurs rugissements juvéniles à « de très forts miaulements, comme ceux de chats en colère ». Vigniers admire les soins que leur porte Constantine qu'il présente comme un exemple de mère animale : « (elle) les lèche continuellement et a une grande attention à ne les point blesser dans les mouvements ». Dans un souci de précision, Vigniers établit le temps de gestation de la lionne à 110 jours et corrige Buffon qui pensait qu'il était de six mois. On sait depuis lors que les lionnes mettent bas à quatre mois. Ces récits marquent le début d'observations souvent fantaisistes, suivies de rectifications qui permettront à la science naturaliste de prendre son essor.

Constantine et ses lionceaux, arrivée en 1798 © Muséum national d'Histoire naturelle - Dist. RMN / Tony Querrec
Constantine et ses lionceaux, arrivée en 1798 © Muséum national d'Histoire naturelle - Dist. RMN / Tony Querrec

Le cerf du Père David

Originaire de Chine, cette espèce de cerfs a été introduite en Europe au XIXe siècle par le Père Armand David, missionnaire passionné de zoologie et de botanique. Sa reproduction en milieu protégé sauva l’espèce de l'extinction.

En 1865, le Père David est en poste à Nanhaizi au sud de Pékin quand il découvre une espèce de cerf encore inconnue en Europe. Les animaux, pratiquement disparus à l’état sauvage, sont conservés à l'abri des regards dans un parc réservé aux chasses impériales. Après plusieurs approches, le Père David arrive à soudoyer un soldat et envoie la peau et le squelette d’un cerf au Muséum. Le directeur de la Ménagerie, Henri Milne-Edwards, lui donne le nom d’Elaphurus davidianus, le cerf du Père David.

Par la suite, le missionnaire enverra trois cerfs vivants à La Ménagerie, dont deux squelettes sont aujourd’hui exposés à la Galerie d’Anatomie comparée du Muséum. Il fera aussi parvenir d'autres cerfs à plusieurs parcs zoologiques européens qui prospéreront si bien qu'ils sauveront l'espèce lorsque celle-ci entrera en phase d'extinction à la fin du XIXe siècle. En 1895 en effet, le troupeau impérial subit de graves pertes à la suite d’une inondation catastrophique. La vingtaine de cerfs qui en réchappent ne survivront malheureusement pas à la guerre des Boxers qui éclate en 1900.

Au début du XXe siècle, les parcs européens décident de confier leurs individus au Duc de Bedford. Dix-huit cerfs arrivent ainsi dans son domaine de Woburn Abbey au Royaume-Uni. On peut dire aujourd'hui que tous les cerfs du Père David vivant dans le monde sont issus de ce petit groupe.

Les premiers cerfs à retrouver leur pays d'origine sont offerts au Zoo de Pékin en 1956 par la Société Zoologique de Londres. En 1985, 22 autres cerfs nés à Woburn Abbey sont donnés au gouvernement chinois qui procède à des réintroductions dans la réserve naturelle de Dafeng et le Parc de Nanhaizi. En 1987, on comptait plus de 1750 cerfs dans une vingtaine de pays à travers le monde.

Cerfs du père David (Elaphurus davidianus), Réserve zoologique de la Haute Touche © MNHN – P. Roux
Cerfs du père David (Elaphurus davidianus), Réserve zoologique de la Haute Touche © MNHN – P. Roux
Cerfs du père David (Elaphurus davidianus), Réserve zoologique de la Haute Touche © MNHN – FG Grandin
Cerfs du père David (Elaphurus davidianus), Réserve zoologique de la Haute Touche © MNHN – FG Grandin
Squelette du Cerf du père David (Elaphurus davidianus), Galerie d’Anatomie comparée et de Paléontologie © MNHN – B. Faye
Squelette du Cerf du père David (Elaphurus davidianus), Galerie d’Anatomie comparée et de Paléontologie © MNHN – B. Faye
Buste du Père Armand David @ MNHN – Bruno Jay

Zarafa, La girafe du Pacha d’Égypte

Zarafa est la première girafe qu'on vit arriver en France. Offerte par le Pacha d'Egypte à Charles X, elle débarque en 1827 à Marseille. Sa marche de 41 jours vers Paris a déclenché une véritable girafomania dans tout le pays.

En 1826, le Pacha d’Egypte Méhémet-Ali décide d'offrir une girafe au roi Charles X pour améliorer ses relations diplomatiques avec la France. Le transport d’un animal de cette envergure est une incroyable épopée. Capturée dans le sud du Soudan, la jeune girafe est d’abord emmenée à dos de dromadaire, puis en felouque sur le Nil jusqu’à Alexandrie, avant de traverser la Méditerranée.

Zarafa accoste le 23 octobre à Marseille où elle passe l’hiver dans les jardins de la Préfecture. En mai 1827, la girafe commence une longue marche de 41 jours vers Paris, escortée par Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, éminent naturaliste et directeur de la Ménagerie du Muséum. Elle est acclamée partout où elle passe et produit une vive curiosité. C'est la première fois qu'on voit une girafe vivante en France. A son arrivée, le Roi l’accueille au Château de Saint-Cloud dans sa résidence d’été, puis ce sont 600 000 visiteurs qui viennent la voir à la Ménagerie pendant l’été 1827. Cette girafomania durera trois années pendant lesquelles on crée une foule d'objets à son effigie : assiettes, plats, tabatières, éventails, papier-peint, vêtements, girouettes, encriers, fers à repasser, savons, médailles, instrument de musique, gâteaux, chansons, dessins, peintures, etc. De nombreuses traces sont toujours aujourd’hui conservées.

La girafe vécut 18 ans à la Ménagerie du Jardin des Plantes. C'est longtemps après sa mort qu'elle reçut le nom de Zarafa, qui veut dire « gracieux et aimable » en arabe.

Zarafa, 1827-1845 (lithographie de A. Prévost/H.Gaugain) © MNHN - Direction des bibliothèques et de la documentation
À gauche, la girafe Zarafa et à droite Hanz et Parkies, le couple d’éléphants mélomanes © MNHN - Direction des bibliothèques et de la documentation
À gauche, la girafe Zarafa et à droite Hanz et Parkies, le couple d’éléphants mélomanes © MNHN - Direction des bibliothèques et de la documentation

Les singes Jack et Jacqueline

Jacqueline, la femelle chimpanzé, et Jack, l’orang-outan, rejoignent la Ménagerie en 1836. Choyés par les soigneurs et les naturalistes qui les étudient, leurs mimiques et comportements ont fait l'objet de nombreux récits.

Sur le bateau qui l’emmène en France, Frédéric Cuvier raconte les facéties du jeune orang-outan qui « amarrait parfois les haubans avec autant d’adresse qu’un vrai matelot ». Cuvier est stupéfait par l'intelligence de Jack qui apprend à se servir du four à pain pendant le voyage, et qui « sans jamais s’être trompé, courait avertir le boulanger que le pain était cuit ». À la Ménagerie, Jack apprécie beaucoup les visites, « surtout celle des dames », et le gardien accepte le jeune singe à sa table.

Jacqueline débarque quelques mois plus tard. Elle a deux ans et demi, et rencontre un grand succès dès son arrivée. On vient l'admirer dans son enclos, assise sur un trône de coussins qu’elle partage avec un chat et un chien. Le naturaliste Boitard la décrit comme une femelle douce et caressante qui « reconnaissait parfaitement les gens qui allaient la voir ». Visiblement attendri, Boitard affirme avoir vu Jacqueline pleurer « comme un enfant » après une contrariété, puis se retirer dans un coin pour « bouder quelques minutes ».

Pour preuve de son intelligence, le savant choisit encore deux anecdotes où Jacqueline montre une faculté à apprendre de ses erreurs. Un jour, elle attrape une paire de gants pour les essayer, mais se trompe en plaçant sa main droite dans le gant gauche. « On lui montra sa méprise, et on parvint si bien à la lui faire comprendre que depuis elle ne s’est jamais trompée. » Et lorsque le peintre naturaliste M. Weiner est chargé de la dessiner, Jacqueline se montre tellement étonnée de voir son portrait qu'elle veut, elle aussi tenir le crayon : « Comme elle appuyait de toutes ses forces, la pointe de son crayon cassa, et elle en fut très contrariée. Pour l’apaiser on le lui tailla et, corrigée par l’expérience, elle appuya moins ». Son initiation à la couture est moins concluante, lassée de se piquer les doigts, Jacqueline préfère faire des cabrioles.

Jack et Jacqueline, arrivés en 1836-1837 © MNHN - Bibliothèque centrale
Jack et Jacqueline, arrivés en 1836-1837 © MNHN - Bibliothèque centrale

Kiki, la tortue géante des Seychelles

Kiki était le doyen des animaux du Jardin des Plantes. Arrivé en 1923 à la Ménagerie depuis l'Île Maurice, il s'est éteint en 2009, à l'âge canonique de 146 ans : une longévité extraordinaire pour une tortue de son espèce !

Kiki est confié à la Ménagerie en 1923 par Paul Carrié, un érudit et naturaliste mauricien venu prendre sa retraite en France. On raconte que le vieux monsieur avait ses habitudes au jardin et venait rendre visite à sa chère tortue tous les jours. Très aimé du public parisien, Kiki passait ses hivers au chaud dans le Palais des reptiles. Au printemps, il prenait ses quartiers sur l'herbe tendre de la Rotonde lors d'une transhumance effectuée en brouette puis, le progrès aidant, en chariot élévateur. Il faut dire que Kiki, arrivé à la force de son âge, pesait plus de 200 kilos ! A la saison des amours, tout le jardin résonnait aux sons de ses grognements extraordinaires. Kiki partageait son enclos avec trois autres tortues géantes : Platine et Lecata, deux femelles accueillies en 1983, et Périclès, le doyen arrivé avec Kiki en 1923, dont nous avons fêté le centenaire en 2013.

Kiki s'est éteint le 30 novembre 2009 à l'âge de 146 ans, un record quand on sait que ces tortues vivent rarement plus de 70 ans dans la nature. Naturalisée, la tortue est désormais visible au sein de la Grande Galerie de l'Évolution du Muséum.

L'espèce des tortues géantes des Seychelles a frôlé l’extinction en 1840 à cause de sa surexploitation. Elle fait désormais l'objet d'une protection attentive au sein de son habitat naturel. Sa population in situ est estimée à 150 000 spécimens. 375 individus vivent aujourd'hui dans des parcs zoologiques, dont une vingtaine dans des zoos français.

Kiki (1923-2009), la tortue géante des Seychelles (Aldabrachelys gigantea) à la ménagerie © MNHN – FG Grandin
Installation de Kiki à la Grande Galerie de l'Evolution (14.06.2013) © MNHN - P. Lafaite

Nénette, la doyenne orang-outan

Nénette est née à la fin des années 60 sur l'île de Bornéo. A 47 ans passés, elle est l'un des plus vieux orang-outans connus au monde et la vedette incontestée de la Ménagerie du Jardin des Plantes.

Nénette arrive à la Ménagerie en 1972 avec son compagnon Toto. Pendant leur période d'acclimatation, Nénette et Toto sont approchés tous les jours et des liens profonds ne tardent pas à se tisser entre eux et l'équipe soignante. Nénette aura deux premiers fils avec Toto : Doudou et Mawa qu'elle élèvera jusqu'à leur départ, dans un centre de primatologie japonais pour le premier, et au parc Zoologique d’Amsterdam pour le deuxième.

A la mort de Toto, c'est Papou, un orang-outan handicapé qui tient compagnie à Nénette. En 1987, elle est rejointe par Solok, venu du zoo de Leipzig, dont elle aura deux autres fils, Tubo et Dayu. Solok est un grand mâle de 110 kg aux mains énormes et à la face développée de dominant. Il s’avère un excellent père pour ses fils avec qui il joue sans cesse. Pendant que Solok s'occupe des petits, Nénette s'adonne à sa passion pour le bricolage. On peut la voir passer des heures entières à démonter les boulons de son enclos avec des outils de fortune qu’elle fabrique à partir des objets laissés par les soigneurs. Nénette adore feuilleter les magazines qu'on lui prête pour s'occuper. Elle aime aussi prendre la pause, juchée sur un plot ou installée en haut de sa plate-forme, devant un parterre de spectateurs médusés par ses petits yeux doux et malicieux.

L'arrivée de Lingga, sa petite dernière en 2005, complète la famille. En 2009, l'année du 40ème anniversaire de Nénette, Nicolas Philibert consacre un documentaire à la vedette de la Ménagerie. Elle rejoint alors Koko, la célèbre gorille immortalisée par Barbet Schroeder, dans le panthéon des singes stars du cinéma. Nénette coule aujourd'hui des jours paisibles à la Ménagerie avec ses nouveaux compagnons, Théodora et Tamu. Elle est l'une des dernières orangs-outans vivant dans un zoo à être née dans la nature. La reproduction des anthropoïdes est désormais assurée au travers de programmes d'élevages et d’échanges entre les parcs zoologiques, destinés à préserver la variabilité génétique des espèces menacées.

Nénette, la doyenne orang-outan (Pongo pygmaeus pygmaeus) © MNHN – FG Grandin
Nénette, la doyenne orang-outan (Pongo pygmaeus pygmaeus) © MNHN – FG Grandin

Le cheval de Przewalski

Les premiers chevaux de Przewalski arrivent à la Ménagerie en 1902. Ces petits équidés à la robe brune, venus du désert de Gobi, ont pu être sauvés de l'extinction grâce aux programmes de conservation menés depuis le début du siècle dans les parcs zoologiques.

Ces chevaux portent le nom du colonel Nicolas de Przewalski, l'explorateur qui découvre leurs troupeaux près du désert de Gobi, en Mongolie. Leur ressemblance avec les chevaux sauvages des grottes préhistoriques intrigue les naturalistes de l'époque qui pensent avoir trouvé l'ancêtre de nos chevaux modernes. « Courts sur pattes », dépassant rarement 1,40 mètres au garrot, ils sont puissants, certains pouvant peser jusqu'à 300 kg. Leur robe a la même couleur beige qui teinte les chevaux de l'art pariétal, avec cette crinière courte et dressée qui orne leur tête brune.

Przewalski comprend rapidement que les « Takhs », comme les appellent les Mongols, sont menacés par les chasses extensives qu'on mène pour leur viande. Un plan de sauvetage est lancé. Après une capture épique, une dizaine d’individus est envoyée dans différents parcs zoologiques à des fins de conservation et d'élevage. Rétifs au dressage, leur reproduction en captivité les sauvera néanmoins de l'extinction.

Plus de mille individus vivent aujourd'hui en zoos. Depuis 20 ans, plusieurs programmes de réintroduction ont été lancés sur leurs terres d’origine en Mongolie, mais aussi en France où une douzaine d'entre eux vivent en semi-liberté sur le Causse Méjean, en Lozère. Deux établissements du Muséum, la Ménagerie et la Réserve de la Haute Touche (dans l’Indre) participent activement à la protection de cette espèce emblématique.

Jument Przewalski et son petit (Equus ferus przewalskii) © MNHN – FG Grandin
Jument Przewalski et son petit (Equus ferus przewalskii) © MNHN – Direction des bibliothèques et de la documentation

Martin, l'ours

L'ours Martin était un géant de deux mètres vingt huit de haut. Très aimé des enfants qui venaient lui apporter toutes sortes de gâteries, il a vécu 33 ans au Jardin de Plantes. Sa disparition en 1901 a été pleurée comme celle d'un vieil ami.

Au XVIIIe siècle, l’ours est encore présent dans toutes nos montagnes. Pour conjurer le danger, les populations prennent l'habitude d'appeler les ours « Martin » comme Saint-Martin, protecteur des pauvres et « chasseur d’ours » fêté le 11 novembre.

Les premiers Martin de la Ménagerie sont confisqués à des montreurs d’ours qui sillonnent le pays à la Révolution. Les ours sont contenus dans des fosses pour le plus grand effroi des visiteurs et plusieurs accidents viennent nourrir leur réputation de férocité. Un jour, c'est un vétéran de l’armée, descendu dans la fosse pour y récupérer un louis d’or, qui perd la vie sous les griffes de l’animal, puis c'est un Lord anglais qui a le malheur de se pencher un peu trop. Passé ces drames, à mettre sur le compte de l'imprudence, les ours gagnent la sympathie du public qui vient nombreux leur apporter des gâteries à la Ménagerie.

Quand l'ours Martin meurt le 26 mai 1901, on le pleure comme un ami. On lui consacre même une nécrologie affectueuse dans Le Petit Journal : « Les enfants qui fréquentent le Jardin des Plantes viennent d’avoir un gros chagrin », nous rapporte le journaliste, « leur ami, l’ours Martin, qui si drôlement, mendiait les friandises qu’ils lui jetaient, est mort. Ils ne le verront plus dressé sur les pattes de derrière, dodelinant de la tête et attrapant, avec une prodigieuse adresse, les petits pains et les gâteaux ». On apprend plus loin que ce Martin-là était un magnifique ours blanc de deux mètres vingt-huit de haut. Il vivait depuis trente-trois ans au Jardin des Plantes et avait atteint l'âge respecté de quarante ans. Sa dépouille est remontée à la surface, « ce qui n'a point été commode, puisqu'il pesait 450 kilos », puis Martin est naturalisé pour rejoindre les galeries du Muséum. Bonne nouvelle pour les Martin, l'usage des fosses, mal conçues pour ces grands marcheurs solitaires, a été arrêté en 2014.

La fosse aux ours (Acarie-Baron, Adrien - XIXe siècle) © MNHN - Bibliothèque centrale
La fosse aux ours lors de la crue de la Seine de 1910 © MNHN - Bibliothèque centrale
La fosse aux ours au XIXe siècle © MNHN - Bibliothèque centrale

Le zèbre de Grévy

L'Empereur d'Éthiopie Ménélik II offre ce magnifique zèbre à Jules Grévy, Président de la République française, en 1882. Aujourd’hui, l’espèce est classée en danger d’extinction.

Dès son arrivée en France, l'animal est confié au Jardin des Plantes, mais il ne survivra pas longtemps à son grand voyage. Le zoologiste Émile Oustalet, futur directeur de la Ménagerie en 1900, le nomme Equus Grevyi, en hommage à l'homme politique. Avec le temps, il prend aussi le nom de zèbre impérial. L'Empereur offrira par ailleurs d’autres animaux à la Ménagerie, dont une majestueuse girafe, baptisée « Ménélik II » à son arrivée à Paris en 1911.

Le zèbre de Grévy est le plus grand de tous les équidés sauvages qui vivent dans la savane africaine. Il a également la particularité d'être plus mince et de présenter des rayures plus serrées que celles des cinq autres espèces de zèbres que nous connaissons. Classé en danger d’extinction par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), il existe aujourd’hui moins de 2500 spécimens de zèbres de Grévy dans la nature. Leurs populations, autrefois présentes au Soudan et en Somalie, ne peuvent plus être trouvées que dans la réserve nationale de Samburu au Kenya, et en Éthiopie. Plusieurs individus de cette espèce sont visibles au Parc zoologique de Paris.

Zèbre de Grévy (Equus grevyi) © MNHN – Bibliothèque centrale
Zèbre de Grévy (Equus grevyi) © MNHN – Bibliothèque centrale

Les pythons de Java et les premiers reptiles de la Ménagerie

On doit la venue en 1838 des premiers pythons de Java à Constant Duméril, alors professeur d’herpétologie au Muséum. De nombreux autres reptiles les rejoindront par la suite au sein de la Singerie désaffectée, puis du Palais des reptiles, édifice spécialement réalisé pour ses pensionnaires.

Les deux premiers pythons de Java sont installés en 1838 dans la Singerie désaffectée, suivis par trois petits caïmans de Louisiane, longs d'à peine 20 cm.

En 1839, 80 reptiles de 24 espèces différentes les rejoignent, accompagnés de quelques batraciens, de poissons, d'insectes, et d'une magnifique tortue franche. Les populations s'adaptent progressivement à leur nouvel environnement. En 1841, huit bébés pythons voient le jour ; l’un d'eux vivra jusqu'à l'âge de 16 ans. Au fur et à mesure que les reptiles prennent place, le vieux Constant Duméril délègue l’entretien des animaux à son fils et aide-naturaliste Auguste.

De 1838 à 1869, plus de 4 000 spécimens de 280 espèces de reptiles et de batraciens sont accueillis à la Ménagerie. Certains sont issus de dons, parfois d’achats, et aussi des grandes expéditions menées au Mexique et au Siam. En 1864, Auguste Duméril voit arriver six axolotls, ces grosses salamandres à branchies extérieures, qu'il décrit après quelques hésitations comme des têtards du genre Ambystoma, et non comme une nouvelle espèce de batracien, confirmant ainsi l'hypothèse émise par Georges Cuvier en 1824. Auguste Duméril décède en 1870, juste avant que le Palais des reptiles soit édifié. Le bâtiment, enfin adapté aux animaux qu'il accueille, est inauguré en 1874. Il est toujours en activité.

Nouveau palais des reptiles au Jardin des Plantes. Dessin de M. Scott, Le Monde illustré, 1874 © MNHN – Bibliothèque centrale
Les premiers crocodiles du Jardin des Plantes, 1838 © MNHN - Bibliothèque centrale
Les premiers crocodiles du Jardin des Plantes, 1838 © MNHN - Bibliothèque centrale

Kako, l’hippopotame dit le misanthrope

Le mercredi 1er juillet 1903 marque un jour sombre dans l'histoire de la Ménagerie. Cet après-midi là, le public est venu nombreux assister à l'entrée des hippopotames dans la rotonde des pachydermes. Au centre de leur attention se trouve Kako, un gros hippopotame amphibie du Sénégal…

Acheté à un marchand d'animaux, il est arrivé à la Ménagerie en 1895 à l'âge d'un an et a été sevré au lait de chèvres. Kako est devenu un mâle puissant et jouit d’une réputation de férocité depuis la mort de son gardien, un certain Landy, survenue deux années auparavant.

La cloche vient de sonner, et les gardiens tendent la nourriture aux hippos pour les faire entrer dans l'enclos quand Jean-Baptiste Lancel, un des doyens du personnel, est bousculé par Kako et happé par les mâchoires puissantes de l'animal. Un soldat de l'infanterie coloniale tente de prêter main forte aux gardiens en piquant le pachyderme avec son sabre-baïonnette. En vain, quand on réussit à soustraire Lancel de l'emprise de Kako, le vieux gardien est dans un état épouvantable. Il ne survivra pas à ses blessures, et meurt à l'hôpital de la Pitié après 31 ans de bons services. Le public est choqué. Dans son édition du lendemain, Le Petit Journal titre : « Broyé par un hippopotame. – Dans la rotonde des pachydermes. – Après le bain. – Kako le misanthrope. – Scène horrible. – Mort du gardien. ».
Le lendemain, des recherches sont menées dans le bassin pour retrouver les effets du vieux Lancel. La scène se passe sous l'oeil impassible de Kako, qui ne semble montrer aucun remord pour son crime, au grand dam des journalistes et du public.

Un tel accident ne pourrait se reproduire aujourd'hui. Les règles de sécurité qui encadrent le travail des soigneurs leur permettent de s'occuper des animaux dangereux sans entrer dans les enclos, évitant ainsi toute prise de risque.

Les hippopotames nains Kako et Liza © MNHN – Bibliothèque centrale
Les hippopotames nains Kako et Liza © MNHN – Bibliothèque centrale
Les hippopotames nains Kako et Liza © MNHN – Bibliothèque centrale