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Quartz à rutile noir © MNHN - F. Farges
Quartz à rutile noir © MNHN - F. Farges

Les pierres précieuses en dix questions

Exposition

Dans le cadre de l’exposition « Pierres précieuses », familiarisez-vous avec l’univers des minéraux ! Objets d’art et sujets de science, les pierres fascinent depuis des millénaires et nous racontent une partie de l’histoire de la Terre.

Comment se sont formées les pierres précieuses ?

Tout commence il y a environ 4,6 milliards d’années, avec la formation du système solaire et de notre planète rassemblant une gigantesque quantité́ de matière cosmique. La jeune planète Terre a capturé de la matière (comparable à celle des météorites), et a grossi pour devenir une planète dont la surface incandescente a progressivement refroidi. Notre planète s’est ainsi enrichie d’une immense variété́ de minéraux, qui ont pu très tôt cristalliser en profondeur, du moins en partie. À ces flux célestes s’ajoutent ultérieurement les mouvements des plaques tectoniques qui entrent en collision pour former des chaînes montagneuses.
Cette activité tellurique génère des conditions particulières de température et de pression et permet ensuite de transporter quelques unes d’entre elles en surface pour y être récolté par de chanceux scientifiques et mineurs, à moins que ce ne soit des millénaires d’érosion qui ne les aident.
Les premiers diamants ont ainsi cristallisé dans les profondeurs de la Terre il y a 3,3 milliards d’années. Rubis, saphirs, émeraudes mais aussi opales, topazes et tant d’autres se sont formés aux quatre coins du monde en fonction des convulsions internes de la Terre. 

Topaze bleue, environ 250 millions d’années - Oural, Russie © MNHN - F. Farges

Quelles sont les différences entre les minéraux, les gemmes et les pierres précieuses ?

Les minéraux sont des cristaux naturels – dits bruts en langage joaillier - formés dans les couches internes de la Terre.

Les gemmes désignent des minéraux qui ont été taillés, façonnés. Il en existe plus de 300 variétés différentes dont 200 exposées dans l’exposition « Pierres précieuses ». La gemme doit être peu altérable dans le temps, et solide pour résister aux usages ou aux manipulations.

En langage courant, une "pierre précieuse" désigne tout corps solide, naturel ou façonné, incolore ou vivement coloré, transparent, durable, brillant, rare et désirable. D’un point de vue technique, cette dénomination était cantonnée aux "4 Grandes" gemmes taillées: diamant, rubis, saphir et émeraude, mais elle a été discréditée depuis 2002. 

Morganites © MNHN - F. Farges

Comment s’expliquent les différentes couleurs des minéraux ?

Rouge pour le rubis, bleu pour le saphir ou le lapis lazuli, ou vert pour l’émeraude, les pierres précieuses révèlent souvent un éventail de couleurs. La couleur est produite par la façon dont une pierre absorbe la lumière et les différentes longueurs d’ondes qui la composent. Ce sont souvent les impuretés qui composent la structure cristalline qui déterminent la couleur d’une pierre. La présence de chrome rendra par exemple l’émeraude verte à nos yeux. Quant à l’améthyste, elle tire sa couleur violette des atomes de fer ayant subi l’irradiation de minéraux voisins. Le diamant est connu pour être incolore, mais la majorité sont colorés et les plus beaux d’entre eux sont appelés fancy, lorsqu’ils contiennent des éléments chimiques en quantité infime ou lorsque des phénomènes physiques complexes ont affecté leur structure ou leur texture.

Sélection de 48 gemmes de la collection nationale de gemmologie au MNHN © MNHN - F. Farges

Qu'est-ce qu'une gemme biogénique ?

Il existe cinq grandes gemmes biogéniques : l'ambre, les perles (la nacre), le corail, le jais et l'ivoire. Certains arbres fabriquent des composés organiques comme la résine qui pourra éventuellement se « fossiliser » en ambre même si, dans ce cas, la résine n’est pas remplacée par une autre substance comme pour une véritable fossilisation. Les vertèbres fabriquent, quant à eux, des os et des dents constitués d’un autre biominéral, l’ivoire. La biodiversité́ marine synthétise elle aussi quantités de biominéraux : récifs coralliens, coquillages, certaines éponges... Le jais est quant à elle une gemme fossile formée par la compaction et l'enduration de restes fossiles de plantes.

Sphère en corail fossile, Lithostrotionella sp. environ 380 millions d’années (Dévonien), Little Cedar (Iowa, États—Unis) © MNHN - F. Farges

Où trouve-t-on actuellement des pierres précieuses ?

On peut trouver des gemmes sur tous les continents mais leur répartition mondiale est très inégale. L’Amérique du Nord est assez riche en diversité, mais elle ne fournit pas les principales pierres précieuses commercialisées dans le monde.

Les quatre principaux producteurs de diamants sont la Russie, le Botswana, l’Australie et la République démocratique du Congo. Ils assurent à eux seuls les trois quarts de la production mondiale. Les gisements les plus riches en saphir se situent au Sri Lanka, Thailande-Cambodge, Cachemire et Birmanie ; ceux de rubis sont très représentés en Birmanie et en Afrique du Sud-est (Tanzanie, Mozambique, Madagascar). L’Amérique du Sud, et notamment le Mexique et le Brésil, mais aussi l’Allemagne, sont riches en agates. La Colombie fournit parmi les plus beaux spécimens d’émeraude au même titre que la Zambie et, depuis peu, l’Éthiopie.

Rubis sur marbre. Luc Yên (Yên Bai, Vietnam) © MINES Paris Tech/Eloïse Gaillou

Pourquoi les pierres précieuses et les gemmes ont-elles autant d’intérêt ?

C’est avant tout leur rareté qui fait la préciosité des pierres précieuses et autres gemmes, autant que leur beauté qui fascine l’Homme depuis des dizaines de milliers d’années. Mais ces pierres sont aussi des livres ouverts sur l’histoire de la Terre, et donc notre propre histoire. Chacune possède ses spécificités naturelles : âge de cristallisation et apparition dans un gisement. Certaines gemmes, très anciennes, sont aussi des témoins des savoir-faire que l’humanité́ a élaboré́ pour les magnifier. Par ailleurs, certaines gemmes biogéniques, comme le corail, sont très sensibles au réchauffement climatique et donc menacées d’extinction.

Agate dans un fémur de dinosaure © MNHN - F. Farges

Depuis quand se pare-t-on de bijoux ?

Les fouilles archéologiques montrent que l’Homme se pare de bijoux depuis plus de 100.000 ans, avec l’homme de Néandertal et Homo sapiens. Très vite, notre espèce semble attirée par la géométrie, la transparence, les couleurs et l’éclat de matériaux rares. 

L’un des plus remarquables témoins de cet intérêt pour les bijoux est un coquillage perforé de 1,2 centimètre, vieux de 90 000 ans, trouvé en Algérie. Il est considéré́ comme l’un des trois plus vieux bijoux connus au monde. 

L’Homme moderne affine les techniques du débitage, du perçage et du polissage des pierres simultanément sur tous les continents. La transmission des savoirs s’accélère avec la sédentarisation et le développement des échanges. Au Néolithique, on retrouve de la cornaline indienne au Mali, de la variscite ibérique en Bretagne, parmi tant d’autres. Les météorites ferreuses et le verre de Libye semblent, eux, avoir fasciné certains pharaons. En Belgique, une fluorite vieille de 14.000 ans clivée en octaèdres et percée a été découverte dans une grotte des Ardennes.

Coquillage perforé, nasse bossue (Nassarius gibbosulus, avers et revers), environ 90 000 ans av. J.C. Oued Djebbana (Tébessa, Algérie) © MNHN - J.-C. Domenech

Comment expertise-t-on une pierre précieuse ?

Pour expertiser une pierre il faut connaître son poids en carats qui équivaut à 0,2 g. Le terme carat viendrait de l’arabe quirat qui désigne les graines de caroubier. Leur poids quasi constant constituait jadis une mesure fiable pour peser les pierres. 

Il existe pour le diamant un système particulier d’origine américaine, les “4C”. Il s’agit de quatre critères : color (couleur), clarity (clarté́ ou pureté́), carat (poids) et cut (forme/taille) qui déterminent la valeur – très relative cependant - de la pierre car de nombreux autres critères peuvent influencer comme l’origine géologique (le pays d’extraction), la provenance (précédents propriétaires)…

Énorme cristal de diamant rose légèrement orangé. (51 ct) « MINES de la rivière Orange » (Cap-du-Nord, Afrique du Sud) © MNHN - F. Farges

Sertir une pierre, ça veut dire quoi ?

Le sertissage (sertir veut dire attacher solidement) consiste à enchâsser dans une monture de métal une pierre de bijouterie. Les savoir-faire en la matière sont précieux et les plus grands joailliers possèdent une forte expertise et une virtuosité certaine pour créer des pièces uniques.  

Collier de Dina Level © MNHN - F. Farges

Quels sont les trésors de l’exposition à découvrir ?

Pierres précieuses présente la longue histoire des minéraux tout en démontrant l’adresse que l’être humain déploie, depuis des siècles, pour les mettre en valeur. Parmi les trésors de l’exposition, citons l’or natif « Occitane de Sabine », trouvaille exceptionnelle dans le massif de la montagne Noire, des saphirs du Puy-de-Dôme, les deux plus gros jamais trouvés en Europe, la Grande Table des Orsini, chef-d’œuvre de marqueterie ayant appartenu au cardinal Mazarin, ou des gemmes provenant des joyaux de la Couronne de France (améthystes, turquoises et perles). Vous pourrez aussi admirer les fabuleuses perles de mélo-mélo de l’empereur Bao Dai, les parures des monarques de la Maison d’Égypte ou de Baroda, ou encore un incroyable diamant de 7 carats d’un bleu profond. 

 

L'exposition "Pierres précieuses" est présentée à la Grande Galerie de l'Évolution (Jardin des Plantes) du 16 septembre 2020 au 14 juin 2021. 

Découvrir l'exposition

L'Occitane de Sabine © MNHN - F. Farges

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