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F. Aubertin - N. Huët, La serre tempérée. Vue du Jardin des Plantes, 1821 © Muséum national d'Histoire naturelle
F. Aubertin - N. Huët, La serre tempérée. Vue du Jardin des Plantes, 1821 © Muséum national d'Histoire naturelle

L’histoire des Grandes Serres du Jardin des Plantes

Le paysage du Jardin des Plantes ne serait pas le même sans ses somptueuses serres chaudes, imposants monuments de verre où prospèrent des plantes issues de diverses zones exotiques. Découvrez l’histoire de ces serres, dont les premières ont été édifiées au XVIIIe siècle !

Les premières serres chaudes du Jardin royal

Le Jardin royal des plantes médicinales fut créé en 1635 afin de cultiver des plantes utiles à la santé. À partir de la fin du XVIIe siècle, et surtout au XVIIIe siècle, les grandes puissances européennes lancent de nombreuses explorations scientifiques dans le but d’étudier la faune et la flore des terres lointaines. Les premiers équipages sont menés par des missionnaires et des médecins. Parmi eux, Joseph Pitton de Tournefort, médecin botaniste envoyé en 1700 au Levant par Louis XIV « pour y faire la recherche des plantes et des métaux et minéraux, s’y instruire des maladies de ces pays et des remèdes qui y sont en usage et de tout ce qui regarde la médecine et l’histoire naturelle ». De ce voyage, Tournefort ne ramène pas de plantes en végétation, mais des graines dont il subsiste aujourd'hui un érable dans le labyrinthe du Jardin des Plantes. Il fait également don de son herbier d’Orient, l'un des plus riches du Muséum, répertoriant 1400 espèces.

 

E. Desrochers, Joseph Pitton de Tournefort, XVIIIe siècle © Muséum national d'Histoire naturelle

 

L’un de ses successeurs, Antoine de Jussieu, marque l’histoire du Jardin. En 1714, suite à la paix d’Utrecht, le bourgmestre d’Amsterdam fait don à Louis XIV d’un plan de Coffea arabica. Le café est déjà très en vogue dans la haute société parisienne, mais les grains qui permettent de concocter cette boisson proviennent presque exclusivement d’Arabie. Les Hollandais avaient déjà réussi à acclimater le caféier, mais ils sont suivis en France par Antoine de Jussieu qui, pour l’occasion, fait construire en ce début de XVIIIe siècle la première serre chaude du jardin royal. Dans cette dernière, les plants de caféier se multiplient. Ils sont exportés en 1721 en Martinique, avant de se diffuser dans les Antilles et en Guyane.

Le botaniste Sébastien Vaillant fait également construire deux autres serres chaudes en 1714 et 1717. Par la suite, Buffon en fait édifier une en 1788.

 

N. Huët, Les serres Buffon et Bardin. Vue du Jardin des Plantes (avant 1821) © Muséum national d'Histoire naturelle

 

La construction des serres actuelles

Les serres que nous connaissons aujourd’hui sont d’abord l’œuvre de l’architecte Charles Rohault de Fleury. Conçues entre 1834 et 1836, elles remplacent les anciennes serres érigées au même endroit, et marquent les débuts de l’architecture métallique française. Quinze ans avant Baltard aux Halles, Rohault de Fleury a su tirer un magnifique parti de la fonte, matériau qui permet de multiplier les surfaces vitrées et d’alléger les points d’appui à l’intérieur de l’édifice. À l’époque, un chauffage à vapeur permettait aux plantes de prospérer à l’intérieur de ces pavillons de 20 mètres sur 12. Les deux bâtiments furent nommés « serre mexicaine » et « serre australienne ».

J. Guiguet, Nouvelle serre du Jardin des Plantes, à Paris. Ch. Rohault fils architecte, 1837 © Muséum national d'Histoire naturelle
Vue extérieur de la serre de l'histoire des plantes (ancienne "serre australienne") © MNHN - F.G Grandin
Serre de l'Histoire des plantes. Vue de la structure reflétant la serre de Nouvelle-Caledonie (ancienne "serre mexicaine") © MNHN - Manuel Cohen

Durant le siège de Paris en 1870 et à l’issue des deux guerres mondiales, les collections des serres ont connu d’importantes pertes, notamment en raison des pénuries de carburant qui se traduisaient par l’arrêt du chauffage. Par conséquent, de nombreux spécimens rares ont péri lors de ces événements.

À la fin du XIXe siècle, en 1889, une autre serre conçue par l’architecte Jules André est inaugurée. Les plantes y prennent pied directement dans le sol, et non dans des pots ou des jardinières comme dans les serres de Rohault de Fleury. Ainsi, avec ses parterres de plantes exotiques, la serre de Jules André se présente comme un véritable jardin d’hiver.

Elle est cependant démolie entre 1932 et 1934 et laisse place à une nouvelle serre dessinée par l’architecte René Berger. Vaste d’un espace de 750 mètres carrés, elle caractérise par son entrée monumentale dont les piliers cylindriques lumineux en fer et verre sont de style Art déco. À l’intérieur du bâtiment, on trouve un rocher artificiel de 15 mètres de haut avec une cascade qui se prolonge par un ruisseau.

Façade de la serre tropicale © MNHN - F.G. Grandin
Cascade de la serre tropicale © MNHN - Manuel Cohen
Serre des déserts et milieux arides © MNHN - Manuel Cohen

Enfin, la serre des déserts et milieux arides est inaugurée en 2010. Adjacente à la grande serre de René Berger, elle remplace les anciennes « serres coloniales » construites dans les années 1930 et qui furent détruites lors de la tempête de fin décembre 1999.
La nouvelle serre présente ainsi des espèces caractéristiques des milieux arides des États-Unis, du Mexique, des Andes, d’Afrique méridionale, de Madagascar, de la péninsule arabique, d’Australie et de certaines îles.

Les serres chaudes aujourd’hui

En 2010, la « serre mexicaine » devient la « serre de Nouvelle-Calédonie », entièrement consacrée à la flore néo-calédonienne. Elle propose une visite pédagogique qui, en se servant d’un biotope particulier, dévoile les enjeux de la biodiversité, de l’écologie et de la fragilité des écosystèmes d’une zone précise. On y trouve notamment le niaouli, dont les fleurs sont utilisées pour la production de miel, ou encore Arthroclianthus, qui pousse dans la forêt sèche. Rappelons que 76 % des espèces végétales de l’archipel sont endémiques.
L’ancienne « serre australienne » est également réaménagée et replantée en 2010 pour devenir la « serre de l’histoire des plantes ». Elle présente les étapes du développement de la flore depuis l’apparition des premières plantes terrestres, il y a 430 millions d’années. Le visiteur peut alors comparer les plantes fossiles avec les spécimens actuels appartenant aux mêmes ordres.

 Serre de Nouvelle-Calédonie © MNHN - F.G. Grandin

Enfin, l’ancien jardin d’hiver de René Berger  est renommée « serre des forêts tropicales humides », mettant en valeur plus de 600 végétaux issus de ce biotope. Parmi ces derniers, le cacaoyer, le caféier, l’avocatier, le bananier ou encore le poivrier et le vanillier prospèrent au sein d’un climat chaud (22°C) et humide.

Depuis 1993, les serres du Jardin des Plantes sont classées monuments historiques.

Pour en savoir plus sur le Jardin des Plantes aujourd’hui, cliquez ici.

 

Bibliographie :

- DELIGEORGES, Stéphane, GADY, Alexandre, LABALETTE, Françoise, Le Jardin des plantes et le Muséum nation d’histoire naturelle, Paris, Éditions du patrimoine, 2004
- LAISSUS, Yves, Le Muséum national d’histoire naturelle, Paris, Découvertes Gallimard, 1995
- LAVAQUERIE-KLEIN, Christiane, PAIX-RUSTERHOLTZ Laurence, Objectif Muséum, Le guide des visites en famille, Paris, Actes Sud Junior, 2019