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Regard sur la mer depuis la falaise © Luca Baini via Unsplash
Regard sur la mer depuis la falaise © Luca Baini via Unsplash

Mer et anthropocène

Conférence

Jeudi 6 février 2020

Une journée pour comprendre comment la représentation de la mer est passée d'un « territoire du vide » à un espace « trop humain », et les effets de ce renversement.

Horaires

De 10 h à 18 h

Entrée libre, dans la limite des places disponibles.

Publics

Adulte

Accessible aux visiteurs à mobilité réduiteAccessible aux visiteurs sourds et malentendants

Accès

Auditorium de la Grande Galerie de l’Évolution

36 rue Geoffroy Saint-Hilaire
75005 Paris

Tarifs

Gratuit

Le savant soviétique Vladimir Vernadsky prophétisait dans les années 1920 que l'humanité était en passe de devenir un « facteur géologique planétaire ». Quelques décennies plus tard, le prix Nobel de chimie, Paul J. Crutzen, lui donnait raison en popularisant la notion désormais incontournable d'anthropocène. Si l’anthropocène ébranle radicalement les catégories qui ont instruit la pensée occidentale, il la porte également à considérer sous une perspective nouvelle des espaces jusqu’alors marginaux ou perçus comme étant « vierge(s) de toute trace ». La mer en constitue un exemple paradigmatique.
Comment est-on en effet passé de la représentation de la mer comme d’un « territoire du vide », à celle d’un espace « trop humain » ? Quels enjeux politiques, quels questionnements scientifiques et démarches artistiques inédites ce renversement stimule-t-il ? Le colloque se propose de poser les jalons d’une réflexion interdisciplinaire autour de ces mers anthropocéniques.

PROGRAMME DE LA JOURNÉE

 

10 h - 10 h 20 : Mot d'ouverture par Hélène Artaud, Frédérique Chlous et Émilie Mariat-Roy

SESSION 1
MERS ANTHROPOCENIQUES : L’EVEIL DE LA CONSCIENCE ECOLOGIQUE

10 h 20 - 10 h 50 : Jean-Baptiste Fressoz (CNRS/CRH EHESS)
Perdre la terre sciemment

Le problème du récit de l’éveil écologique, selon lequel notre génération serait la première à reconnaître les dérèglements environnementaux et à questionner la modernité industrielle, est qu’en oblitérant la réflexivité des sociétés passées, il dépolitise l’histoire longue de l’Anthropocène. L’Anthropocène ne doit pas être pensé comme un seuil dans la « prise de conscience environnementale » mais comme l’aboutissement d’une histoire de destructions.

10 h 50 - 11 h 20 : Fabien Locher (CNRS/CRH EHESS)
Blue environmentalism.

Où, quand et comment a émergé le diagnostic d'une surpêche globale des océans ? Notre argument est qu'un moment-clé de l'histoire de la réflexivité environnementale touchant aux océans, est le contexte étasunien des années 1950-70 lorsque vont converger un ensemble de productions savantes, de discours militants, d'initiatives issues de la société civile et des états, contribuant à faire exister le diagnostic d'une approche des limites planétaires de capture des populations de poissons, et d'une surpêche globale déjà en cours. Un groupe de penseurs et de militants néomalthusiens (comme Paul Ehrlich ou Fairfield Osborn) joue un rôle central pour formuler, diffuser, entretenir ces alertes. En regard, nous verrons la puissance dans ces décennies d'une utopie productiviste de la mer comme « nouvelle frontière » et source illimitée de richesses. Ce qui se cristallise alors est l'entrée dans un nouveau régime de perception des océans et de leurs rapports au monde des humains, dont nous héritons.

11 h 20 - 11 h 50 - Romain Grancher (CNRS TEMOS)
Labourer les fonds marins : une histoire des arts de pêche traînants (France, 17e-19e siècle)

Si les pêches préindustrielles ne constituent en aucune manière un facteur géologique, certaines techniques ont en revanche été considérées de longue date comme un facteur de perturbation, sinon de destruction, des écosystèmes marins. C’est le cas, en particulier, des arts traînants comme le chalut dont la diffusion s’est accompagnée, en France et ailleurs en Europe, de résistances et de tentatives répétées de régulation au nom de la conservation des ressources. À travers l’analyse des controverses autour de cette technique jugée destructrice par nombre d’acteurs du monde de la pêche, on peut ainsi observer l’émergence des premières formulations du problème de la surpêche et, plus généralement, tenter de rendre compte du délitement progressif d’une représentation de l’océan comme réservoir infini et inépuisable de ressources.

11 h 50 - 12 h 10 : Discussion de la session par Sebastian Grevsmühl (CNRS/CRH EHESS)

12 h 15 - 13 h 25 : Déjeuner

SESSION 2
ENJEUX JURIDIQUES ET ANTHROPOLOGIQUES NOUVEAUX AUTOUR DES OCEANS

13 h 30 - 14 h : Anne Choquet (UMR AMURE)
Gouvernance des régions polaires et anthropocène, une approche juridique exploratoire

Pendant longtemps les régions polaires étaient dans l’imaginaire collectif largement représentées comme un environnement vierge. Elles y sont aujourd’hui plus associées à des preuves observables du réchauffement climatique. Si l’Antarctique et l’Arctique sont particulièrement sensibles au changement climatique, les régions polaires ont également un rôle particulier au sein du système climatique mondial. La réduction des zones glacières est régulièrement observée, ouvrant la voie à l’intensification des activités humaines (routes maritimes, exploration et exploitation des ressources...). Or l’augmentation des activités humaines dans ces régions sensibles renforcent le risque de dommages à l’environnement. Quels sont donc les défis majeurs auxquels les acteurs de la gouvernance des régions polaires sont confrontés dans l’anthropocène ? Il s’agira d’analyser comment l’anthropocène est appréhendée dans le processus réglementaire de protection de l’environnement des régions polaires.

14 h - 14 h 30 : Maëlle Calandra (LAPSCO Université de Clermont Auvergne)
Penser la catastrophe à l’heure de l’anthropocène : l’exemple de Tongoa

Cette communication propose une réflexion autour de la notion de changement climatique au Vanuatu. L’archipel du Vanuatu est connu pour être particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique et pour être exposé à de nombreux aléas environnementaux. Pour autant, il n’existe pas de mots dans les langues vernaculaires du pays pour désigner la catastrophe en tant que telle. En revanche, depuis une dizaine d’années, la notion exogène de changement climatique dite klimate jen en bislama, le pidgin du pays, fait partie intégrante du langage courant. A partir d’une ethnographie conduite sur l’île de Tongoa (centre du pays), il s’agira de comprendre comment ce vocabulaire s’est déployé et ce qu’il recouvre pour les habitant.

14 h 30 - 15 h : Guigone Camus (Iris EHESS)
Émotions et anthropocène, esquisse de questions nouvelles pour une nation insulaire de l'océan Pacifique.

Sera abordée la problématique de la réaction émotionnelle des insulaires des atolls coralliens de Kiribati (Micronésie, Pacifique) face à l'exposition grandissante au changement de régime climatique et océanique.

15 h - 15 h 30 : Géraldine Le Roux (CRBC UBO)
Des filets-fantômes, un art et des hommes en Asie-Pacifique

L’étude anthropologique du recyclage artistique des déchets fait apparaitre un déplacement, celui par lequel le filet de pêche (ghost nets) passe du statut de déchet marin à celui d’objet mémoriel, passeur de mythes, de savoirs et de savoir-faire et qui devient dans les sociétés océaniennes le révélateur de liens entre les humains et les non-humains et des règles culturelles qui régissent l’espace marin.

15 h 30 - 15 h 40 : Discussion de la session par Hélène Artaud et Frédérique Chlous

15 h 40 - 16 h00 : Pause

SESSION 3
ARTS ET MERS ANTHROPOCENIQUES

16 h - 16 h 30 : Julie Noirot (Université Lyon 2)
La mer comme espace de l'oubli à l'ère du Capitalocène dans l'art d'Allan Sekula et de John Akomfrah

Illustrant de manière exemplaire ce que le critique et théoricien Hal Foster définissait en 1996 dans un article désormais célèbre comme un « tournant ethnographique » de l'art, les deux artistes contemporains Allan Sekula (1951-2013) et John Akomfrah (1957-) ont fait de la mer et des enjeux économiques, sociaux et environnementaux qui lui sont liés, une thématique centrale de leurs productions photographiques et cinématographiques. A partir de l'analyse croisée et approfondie de quelques-unes de leurs œuvres récentes (Fish Story, The Forgotten Space et Vertigo Sea) dans lesquelles la mer y est principalement appréhendée comme un espace d'oubli et d'amnésie du capitalisme avancé, pivot décisif mais invisibilisé des systèmes industriels mondiaux, il s'agira de se demander en quoi l'art peut à sa manière contribuer à une réflexion critique et sensible sur les rapports entre mer et anthropocène.

16 h 30 - 17 h : François Ribac (CIMEOS Université de Bourgogne)
Pour une généalogie spectaculaire et sonore de la mer

Pour que la nature existe, qu’elle soit perçue et vécue comme une réalité tangible dans la cosmogonie moderne, il ne suffit pas que les sciences décrètent son existence. Il faut également que des récits émanant d’autres sphères la rendent crédible et l’animent. Dans cette communication, je propose donc de montrer comment la mer et ses habitant-e-s ont été décrits, architecturés, sonorisés dans quelques productions théâtres et musicales de la deuxième moitié du 19e siècle et au début du 20e à Paris. En s’intéressant à ces spectacles, nous verrons non seulement les êtres qui y vivent et qui y sont assignés, nous entendrons les orchestrations maritimes mais découvrirons aussi les infrastructures, les représentations et les sons de l’empire colonial.

17 h - 17 h 30 : Sonia Lévy (Artiste indépendante)
For the Love of Corals

Dans le sous-sol du Horniman Museum à Londres, une équipe de biologistes marins et d’aquariophiles a initié Project Coral, une entreprise visant à assister la procréation des coraux. En simulant les conditions climatiques – changements saisonniers de température, irradiances solaires et cycles lunaires – de la Grande Barrière de Corail au sein d’aquariums spécialement conçus, l’équipe est devenue la première au monde à permettre la ponte assistée des coraux en laboratoire. Des recherches sont également menées pour accroître la survivance des jeunes coraux pendant leur stade embryonnaire et larvaire avant leur métamorphose en bâtisseurs de récifs. For the Love of Corals (Levy, 2018, 24 min) est un projet cinématographique qui enquête sur le travail quotidien des scientifiques qui prennent soin des coraux et tentent de les ressusciter d’une extinction annoncée.

17 h 30 - 17 h 50 : Discussion de la session par Joëlle Le Marec (GRIPIC-CELSA Paris Sorbonne)

17 h 45 - 18 h : Discussion générale et perspectives

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