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Crapaud commun © MNHN – Philippe Barré
Crapaud commun © MNHN – Philippe Barré

Le crapaud commun

Associé à la sorcellerie, bave de crapaud et princes maudits, le pauvre Bufo bufo (Linné) jouit d’une bien mauvaise image, qui n’est pas améliorée par l’apparence verruqueuse de sa peau !

D’est en ouest et du nord au sud
La mauvaise réputation du crapaud commun est d’autant moins justifiée que cet amphibien appartenant à l’ordre des Anoures (amphibiens sans queue, à large tête, dotés de pattes adaptées au saut) est un allié précieux du jardinier : il dévore limaces, chenilles et escargots, protégeant ainsi les cultures de ces ravageurs. Un régime alimentaire complété également par des araignées, vers de terres, fourmis, cloportes, scarabées… Bref, la plupart des invertébrés passant à portée de sa langue extensible et collante.

Son aire de répartition est très étendue, puisqu’on le trouve dans toute l’Europe, à l’exception de l’Irlande et des îles méditerranéennes, mais aussi en Afrique du Nord et en Asie, jusqu’au Japon. Une distribution qui a obligé le crapaud commun à s’adapter à des conditions climatiques très variables. Ainsi, les crapauds vivant dans les contrées nordiques, ou en altitude, grandissent plus lentement, deviennent plus gros et vivent plus vieux que les crapauds des régions méridionales. Comme la plupart des amphibiens de nos régions, le crapaud commun connait une saison d’hivernage, d’octobre à mars. Durant cette période d’inactivité, il trouve refuge sous des pierres, des souches, des feuilles mortes, ou dans d’anciens terriers de petits mammifères. C’est également là qu’il passe ses journées pendant la belle saison, car le crapaud commun est essentiellement crépusculaire et nocturne.

A la fin de l’hiver, les adultes migrent massivement, parfois sur plusieurs kilomètres, pour trouver un lieu de reproduction et de ponte favorable. Un voyage dont beaucoup ne reviendront pas, victimes notamment des véhicules lorsque les voies de migration traversent les routes. L’accouplement a lieu en partie dans l’eau. Après la ponte, les adultes se dispersent et regagnent leurs territoires, solitaires. Les têtards qui éclosent quelques jours plus tard subissent leur métamorphose au bout de quelques semaines. À la fin de l’été, leurs poumons fonctionnels, les jeunes crapauds quittent la mare dans laquelle ils ont passé leur vie aquatique pour trouver leur propre territoire et leur lieu d’hivernage. Ils sont alors très vulnérables aux prédateurs. Pour s’en protéger, le crapaud commun utilise… Sa peau !
En effet, dans le derme de l’animal se trouve des glandes produisant une substance d’aspect blanc crémeux : du venin.

Un baiser déconseillé
Le venin du crapaud constitue un moyen de défense passif. Il n’est pas inoculé par l’animal, mais se trouve libéré par l’action des muscles situés autour des glandes lorsqu’une pression excessive est exercée sur le corps du crapaud. Peu dangereux pour l’homme, qui n’a pas l’habitude, à l’exception de quelques princesses téméraires, de porter le crapaud à sa bouche, le venin l’est davantage pour les prédateurs de l’amphibien, chats et chiens trop curieux inclus. Chez ce dernier, les effets de l’ingestion de la substance toxique sont bien connus des vétérinaires : inflammation sévère de la cavité buccale et du pharynx, vomissements, douleur abdominale, diarrhées, difficultés respiratoires, incoordination des membres, modification du rythme cardiaque… La récupération se fait généralement en quelques jours, bien que de rares cas d’intoxication extrême aboutissent parfois au décès de l’animal ayant eu la mauvaise idée de s’en prendre au crapaud.

Comme tous les venins, celui du crapaud est un cocktail de nombreux composés : des stéroïdes proches de la digitaline, qui ralentissent le rythme cardiaque, des alcaloïdes qui contractent les vaisseaux sanguins et agissent sur l’intestin, des composés accélérant la coagulation… Autant de propriétés qui ont amené certains scientifiques à suggérer son utilisation en médecine, tout particulièrement pour les interventions chirurgicales entrainant des hémorragies importantes. Certaines préparations de médecine chinoise traditionnelle contiennent d’ailleurs du venin de crapaud séché. C’est le cas de Chan Su, qui entre dans la composition des médicaments traditionnels Lu-Shen-Wan et kyushin, utilisés pour soigner les maux de gorge ou les palpitations.

Malheureusement pour Bufo bufo, certains de ses prédateurs sont immunisés contre son venin. C’est notamment le cas de la couleuvre ou du hérisson, qui n’hésite pas à en enduire ses piquants !

Consulter sa fiche sur le site de l’Inventaire National du Patrimoine Naturel

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