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Alyte accoucheur © MNHN – Philippe Barré
Alyte accoucheur © MNHN – Philippe Barré

L’alyte accoucheur

Chez le Crapaud accoucheur (Alytes obstetricans Laurenti), la répartition des tâches n’est pas une vue de l’esprit : c’est en effet le mâle qui s’occupe des œufs, les protégeant et les soignant plusieurs semaines durant !

Un Crapaud ? Non, un Alyte !
Contrairement à ce que laisse supposer son nom commun, le Crapaud accoucheur n’est pas à proprement parler un crapaud. En effet, il n’appartient pas à la famille des "crapauds vrais", les Bufonidés, mais à celle des Alytidés (autrefois appelés Discoglossidés). Ni crapaud, ni grenouille, il serait donc plus juste de le nommer Alyte accoucheur.

Ce petit amphibien gris-brun au ventre blanchâtre mesure de 3,5 à 5,5 cm. Ses yeux dorés sont dotés d’une pupille verticale en forme de fente. Nocturne, il passe ses journées caché sous une pierre, enfoui dans un sol meuble où il creuse une dépression à sa taille, à proximité d’un cours d’eau, dans un parc, dans un jardin… Mâles et femelles sont difficiles à différencier, sauf après la reproduction : le promeneur qui croise un Alyte accoucheur transportant ses œufs accrochés aux pattes postérieures peut être certain d’avoir affaire à… Un mâle ! En effet, chez cette espèce, c’est lui qui a la charge des œufs. Pendant l’accouplement, qui a lieu sur la terre ferme, le mâle, agrippé au dos de la femelle, provoque l’accouchement en lui pressant fortement les flancs. Après avoir fécondé la quarantaine d’œufs pondus, il enroule les chapelets autour de ses pattes arrières. Un comportement qui a valu son nom à l’espèce : "alytes" vient en effet du grec "alutos", signifiant "que l’on ne peut délier", et "obstetricans".

Un père qui se mouille pour sa progéniture
Le mâle prend soin des œufs pendant les quelques semaines d’incubation, les protégeant contre les prédateurs et procurant aux embryons les meilleures conditions de développement possible. Il veille notamment à les humidifier régulièrement, en se baignant dans une mare ou une flaque d’eau lorsque le temps est trop sec. C’est le seul moment où on peut le voir dans l’eau. Trois à six semaines plus tard, le moment de l’éclosion venu, le mâle emmène la ponte vers un point d’eau permanent pour un dernier bain. Les têtards dissolvent alors leur enveloppe protectrice grâce à des enzymes secrétées par une glande spéciale, et se dispersent dans l’eau, prêts à vivre leur vie aquatique. Ils mesurent déjà plus d’un centimètre et vont continuer à grandir, pour atteindre jusqu’à neuf centimètres un mois plus tard… Ils sont alors plus gros que leurs parents ! Une taille qui diminue lorsque le temps de la métamorphose est venu, et avec lui le temps du jeûne. Deux ans plus tard, les jeunes mâles atteignent leur maturité sexuelle, et sont prêts à lancer leur chant fluté, qui rappelle selon certain celui du hibou petit-duc, pour attirer les femelles.

L’Alyte accoucheur est très répandu en Europe de l’Ouest, des Pays-Bas jusqu’à l’Espagne, et une sous-espèce se trouve également dans le Rif marocain. Toutefois, certaines populations sont menacées, particulièrement celles du nord, pour diverses raisons : altération ou destruction de leur habitat, drainage, prédateurs, maladies…

En France, comme tous les amphibiens, l’Alyte accoucheur est protégé. C’est d’ailleurs en partie grâce à lui qu’ont été lancés en 2009 les inventaires de la biodiversité du Jardin des Plantes !

Consulter sa fiche sur le site de l’Inventaire national du Patrimoine Naturel

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